• Véritables traits d'union entre les soldats, des dizaines de journaux de tranchée rédigés et imprimés par des Poilus sont apparus dès la fin de 1914.

    Ils s'appelaient Le Mouchoir, L'Echo des Gourbis, La Fusée ou Le Crapouillot, certains étaient spécifiques à un régiment. D'une durée de vie plus ou moins éphémère, ces journaux racontaient le quotidien des tranchées, refusant toute imagerie héroïque et dénonçant les embusqués. Souvent pacifistes et sans haine envers l'ennemi, ils furent tolérés par l'armée qui y voyait un moyen de distraire et d'amuser les combattants. Peut-être aussi un moyen de surveillance...

    Plusieurs de ces journaux furent publiés directement sur le front.

    L'un des plus connus était Le Mouchoir, dont le premier numéro est daté de novembre 1915. Il était dirigé par l'abbé Georges LEDAIN, du diocèse de Nancy, affecté au groupement des brancardiers divisionnaires. Parmi ses principaux collaborateurs se trouvaient Joseph LESAGE, sapeur téléphoniste, artiste peintre dans le civil, qui décèdera de la grippe espagnole en octobre 1918, et Albert BRAY, architecte.

    Au début, Le Mouchoir est hebdomadaire et ne compte que deux pages. Après quelques mois, il ne parait plus que par quinzaine. Ensuite, au gré des déplacement de la division, sa parution devient épisodique : 39 numéros en 1916, 12 en 1917 et 9 en 1918. La dernière publication, portant le numéro 61, parait le 8 septembre 1918. Un numéro spécial, n° 62, paraitra le 19 mars 1919, à l'occasion de la Saint-Joseph, en hommage à Joseph LESAGE...

    Ce journal tire jusqu'à 1500 exemplaires et compte de nombreux abonnés à l'arrière. Il est imprimé près de Pont-à-Mousson, au Bois-le-Prêtre, dans un premier temps, puis tout le matériel et les archives sont trimbalés d'un secteur du front à l'autre en fonction des déplacements de la division. Le Mouchoir étant dirigé par un abbé, l'équipe propose des numéros spéciaux pour les fêtes religieuses, qui sont systématiquement célébrées dans ce journal.

    Tous les journaux de tranchée évoquent la vie quotidienne du soldat ; les articles et les dessins racontent le froid, la faim, les rats, les problèmes d'hygiène et de santé, le pinard, les permissions, le courrier, les brancardiers ; on trouve aussi des hommages aux camarades tombés au front et bien sûr des articles souvent sarcastiques sur tous les planqués de l'arrière.

      

      


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  • La guerre européenne qui semblait à tous inévitable ne devait durer que quelques semaines, le temps de régler une bonne fois pour toutes le sort de l'ennemi.

    En accord avec le Plan XVII, les troupes françaises pénètrent dans le Sundgau (Alsace du Sud) annexé en 1871 par le Reich allemand. Parvenus à Hirtzbach le 7 août 1914, elles sont repoussées et dès lors, la ligne de front s'établit ici, à quelques centaines de mètres du centre du village, où les allemands cantonnent.

    De la Mer du Nord à la Suisse, trois armées se font face et commencent à consolider leurs positions en creusant des tranchées. La guerre de mouvement cède le pas à la guerre d'usure : on s'installe dans une longue bataille ininterrompue, rythmée par l'attente et l'observation de l'ennemi plus encore que par les offensives.

    Même si c'était le cinéma qui incarnait la véritable nouveauté dans la documentation du réel de la guerre, la photographie a joué un rôle majeur dans la stratégie militaire (repérages) et dans la mobilisation culturelle des soldats du front ou des civils de l'arrière. D'abord versé au service géographique de l'Armée en sa qualité d'universitaire, Paul CASTELNAU (1880-1944) est ensuite associé à Ferdinand CUVILLE à la Section Photographique des Armées (SCA, créée en 1915). Là, il couvre pendant deux ans l'ensemble des fronts en France, puis au Proche-Orient (en 1918). Il utilise pour ces images le procédé autochrome breveté par les frères LUMIERE en 1903 et commercialisé en 1907, qui nécessite un certain temps de pose, contrairement aux appareils portatifs à pellicule noir et blanc que de nombreux soldats utilisent dans les tranchées, en dépit des interdictions.

    L'Alsace sous l'objectif : représentations de la guerre


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  • L'armée française se trouve particulièrement peu préparée à la guerre de position qui s'installe avec la mise en place des tranchées. Contrairement aux allemands, elle n'a pas renouvelé ni développé son fonds d'armes. Les fantassins sont munis de fusils Lebel, mis au point entre 1886 et 1893, l'artillerie de tranchée est inexistante, l'uniforme militaire lui-même est trop voyant pour les nouvelles stratégies de combat : bleu et rouge, il ne passe pas inaperçu...

    Le matériel militaire existant se révèle rapidement inadapté : les canons ne peuvent pas tirer depuis une position enterrée ; les mortiers, trop volumineux, ne rentrent pas dans les boyaux étroits creusés pour abriter les troupes ; les baïonnnettes sont trop longues pour se battre au corps à corps dans les galeries, et il est impossible de viser avec les fusils sans se mettre à découvert...


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    Jusqu'à la Première Guerre mondiale, la durée des conflits est en général assez réduite. A part pour les sièges, les batailles sont rapides et les militaires ne restent pas longtemps dans l'attente du combat. L'artisanat de tranchée : créer pour s'occuper

    Avec l'enlisement de la guerre et la mise en place des tranchées, les Poilus, au contraire, attendent les attaques ennemies ou l'ordre d'assaut retranchés dans les galeries. Entre deux offensives ou dans les campements situés en seconde ligne, où ils se reposent avant de retourner sur le front, ils se trouvent désoeuvrés.

    Cette situation inédite donne naissance à un art populaire singulier : l'artisanat de tranchée.

    Pour passer le temps, certains Poilus se mettent à fabriquer avec des matériaux communs ou de rebut des objets usuels, des bijoux ou des artefacts décoratifs qu'ils donnent à leurs familles, leurs amis, ou vendent pour compléter leur solde.

      L'artisanat de tranchée : créer pour s'occuper

         

     

     

     

     

    Un grand nombre de conscrits possède en effet une dextérité manuelle importante ; artisans ou paysans dans la vie civile, ils savent réaliser par eux-mêmes de nombreux objets et outils domestiques. Ils mobilisent ces savoirs-faire particuliers au monde rural et artisanal préindustriel pour s'occuper en créant de menus objets.

      


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  • La première position est composée de deux à trois lignes de tranchées espacées de 200 à 300 mètres.

    La deuxième position se trouve de trois à cinq kilomètres à l'arrière.

    Les tranchées sont reliées entre elles par un système de boyaux sinueux pour éviter que les soldats ne soient pris en enfilade par les tirs adverses.

    A l'intérieur de ces tranchées sont creusés des abris aux parois soutenues par des rondins chez les français, souvent bétonnées chez les allemands.

    Les conditions de vie des Poilus dans cet univers sont excessivement dures : outre le froid, les rats, les poux, les odeurs pestilentielles et l'absence d'hygiène, l'ennemi le plus redoutable des combattants est la pluie, qui transforme les tranchées en fondrières malgré les caillebotis qui en garnissent le fond.

      

      La vie dans les tranchées

     

    Les fils de fer barbelés fixés sur des montants étaient fréquemment installés sur plusieurs lignes successives dénommées "réseaux". Leur mise en place et leur réparation étaient généralement effectuées de nuit, et constituaient une part importante des travaux des combattants des tranchées.

    A Verdun, en 1916, le combat est de tous les instants et la mort est partout. Le fantassin n'a plas une minute de repos. Il faut veiller sans cesse et travailler car la tranchée est constamment bouleversée par les tirs ennemis. Il faut assurer le ravitaillement, et pour cela aller très loin chercher la soupe et le vin, sous une pluie d'obus. Les corvées disparaissent dans la tourmente, il arrive que les soldats ne mangent ni ne boivent, et le supplice de la soif s'ajoute à toutes les tortures endurées. Ainsi la soif, la faim, la stagnation dans la boue, l'angoisse de la mort qui rôde, la fatigue extrême, la nervosité, le tonnerre des artilleries, parfois les gaz, les hurlements des blessés, la lente agonie des mourants, ce spectacle d'une indicible horreur fait la vie quotidienne du soldat de Verdun.

      


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